Crédit : www.mademoisellemaurice.com - Photo : Stève Siracuse

Et Rungis trie !

Sourire chassé sur ladepeche.fr et boursorama.com.

Le Provocateur de Sourires aime bien les actions anti-gaspillage. Nous vous en avons déjà présenté un certain nombre. Toutes ces actions individuelles font avancer les choses et les petits ruisseaux font les grandes rivières, et nous sommes heureux de les relayer. Mais que font les grands pourvoyeurs de quantités industrielles de déchets alimentaires ? Ils javellisent leurs invendus pour qu’on n’y touche pas et qu’ils ne profitent à personne ? Que nenni ! La preuve à Rungis. Et ça donne le sourire.

Martin BUREAU / AFP

Rungis à 8 h. Les primeurs, bouchers, fromagers et poissonniers du marché de gros parisien ont remballé leurs étals. C’est l’heure où le tri peut commencer. « On fait ça pour des personnes démunies, pour qu’elles puissent manger des produits frais », explique Pascal Catiga, l’un des 27 trieurs du Potager de Marianne, association installée au cœur du plus grand marché alimentaire frais d’Europe.

Une partie des invendus de ce temple de l’opulence alimentaire sont ainsi redistribués à des associations caritatives (Restos du cœur, Banque alimentaire…) et aux épiceries solidaires du réseau ANDES. Même si de nombreuses start-up, comme Phenix, se lancent dans le créneau de la lutte contre le gaspillage, le Potager de Marianne reste le seul à ne s’occuper que de produits frais, dont la récupération est la plus délicate.

À 10 h, Bernard Oudard, arboriculteur, recule un camion blanc devant le hangar. Son plateau est presque vide, à l’exception d’une palette de cagettes : une tonne de clémentines.

AFP/Archives / Martin BUREAU

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« Je n’ai pas trouvé d’acheteur. Elles sont trop petites. Et tachées », explique l’homme, qui produit des pommes et des poires en Seine-et-Marne et des clémentines au Portugal. Il n’a pas eu le cœur d’apporter ses fruits au méthaniseur du site, comme le font beaucoup. « Je préfère donner que jeter. »

M. Oudard aura perdu 400 euros. Mais il en a engrangé 12 000 sur le reste de sa livraison. « C’est comme la charité, vous avez quelqu’un qui fait la manche, vous ne lui filez pas un billet de 500, vous lui filez une pièce d’un ou deux euros […] Vous ne vous mettez pas en péril parce que vous donnez quelque chose », dit-il. En revanche, il n’apprécie guère l’initiative « les fruits moches » lancée par la grande distribution. En commercialisant à prix réduits des fruits et légumes ne correspondant pas aux normes de taille ou d’aspect, « les supermarchés pèsent sur nous, les producteurs, en tirant les prix à la baisse », ronchonne-t-il.

École de formation

Après déchargement, le tri est un travail de fourmi : il faut sortir les fruits pourris un par un, regarnir d’autres cagettes. Sans les abîmer. Une activité pas vraiment rentable s’il fallait rémunérer les salariés normalement. Pour compenser, l’association qui pilote le projet se transforme en école de formation aux métiers de la logistique alimentaire pour des gens éloignés de l’emploi. Et ça marche. Certains sont ensuite réemployés sur le marché. « Nous leur apprenons à monter une palette, passer le permis de conduire, lire une carte pour les livraisons », dit Lydie Berdin, encadrante technique. « On se lève tôt, on travaille dur, dans le froid, mais notre métier est utile », sourit une trieuse, « on évite le gâchis. »

Reste à trouver un équilibre économique. « Les fruits tachés demanderaient une main-d’œuvre spéciale pour les convertir en confiture, mais il n’y a pas de filière, et cela ferait concurrence à ceux qui font de la confiture avec des produits de qualité », relève M. Oudard.

AFP / Martin BUREAU

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« Nous avions un atelier de transformation de légumes en soupes, livrées dans des supérettes parisiennes, mais nous l’avons arrêté il y a quelques semaines », ajoute Arnaud Langlais qui dirige les Potagers de Marianne. Le prix de revient de la soupe était trop élevé.

Des volumes recyclés en augmentation

En 2016, les Potagers de Marianne ont recyclé plus de 500 tonnes de fruits et légumes. Une goutte d’eau par rapport aux 2,8 millions de tonnes de produits qui transitent annuellement à Rungis. Mais un chiffre en constante augmentation depuis 2008 : à peine cent tonnes avaient alors été récupérées. La recette a été étendue à trois autres marchés de gros : Perpignan, Lille et Marseille.

Plus globalement, Rungis « essaie de faire diminuer les volumes de saisies d’année en année », explique Stéphane Layani, P.-D.G. de la Semmaris, société qui gère le marché. Saisie veut dire « destruction » en langage Rungis. De 70 000 tonnes de déchets – des emballages essentiellement – le volume est tombé à 30 000, grâce notamment à un système vertueux de méthanisation lié à du chauffage urbain.

Sans attendre les résultats des États généraux de l’alimentation (EGalim), le marché a décidé le lancement, début 2018, de son second plan Rungis Green Business. Les Potagers de Marianne seront sollicités, sans doute. Rungis « saisit » encore 3 000 tonnes de « produits putrescibles » par an.

Sources : ladepeche.frboursorama.com