Crédit : www.mademoisellemaurice.com - Photo : Stève Siracuse

Tout seul, Ibrahima Tounkara, prof de maths, a électrifié son village

Sourire chassé sur Géopolis.francetvinfo.fr (article de Véronique Le Jeune)

Les habitants de Bolodou (sud de la Guinée) lui doivent une fière chandelle. Grâce à lui, 90 foyers ont désormais de l’électricité 24 h/24. Soucieux de venir en aide à son village natal, resté à l’écart des sources d’énergie, Ibrahima Tounkara a mis toutes ses économies dans la construction d’un micro-barrage sur un petit torrent à proximité. Depuis mai 2017, l’installation fournit une puissance de 9 kW.
Malgré sa formation d’ingénieur, Ibrahima, professeur de mathématiques, n’avait pas la moindre idée de la manière dont on fabrique un barrage hydroélectrique. C’est Internet qui le lui a appris. Pendant environ cinq mois, à l’aide du téléphone qu’il s’est acheté pour l’occasion, le jeune homme consulte assidûment tous les sites utiles et fin 2016, il peut commencer sa construction.

Ibrahima Tounkara devant le micro-barrage hydroélectrique qu'il a construit de ses mains dans son petit village de la région de Guéckédou (sud de la Guinée). © Guinéeinfos

Ibrahima Tounkara devant le micro-barrage hydroélectrique qu’il a construit de ses mains dans son petit village de la région de Guéckédou (sud de la Guinée).
© Guinéeinfos

D’abord incrédules, les habitants de la localité rurale de Bolodou, dont ses parents, savourent aujourd’hui le résultat.

« La conduite d’eau n’est pas résistante, je suis obligé de colmater »
Ibrahima explique aux médias guinéens impressionnés comment il a fait : « J’ai réalisé ce travail avec de petits moyens. Je n’avais pas suffisamment d’argent pour acheter des tuyaux de pression alors j’ai fait la conduite d’eau avec du béton armé. Mais la conduite n’est pas si résistante et je vois mes erreurs actuellement. Chaque fois qu’il y a une fuite, je suis obligé de colmater et la production du courant ne doit pas dépasser les 9 kW. »

Ce qui, pour l’instant, est suffisant, dit-il, les villageois ayant surtout besoin d’éclairage, et parfois de courant pour une télévision. Rien de plus.

Cependant, soutenu (moralement) par les autorités locales, Ibrahima a l’intention d’augmenter la puissance de son barrage jusqu’à 30 kW pour alimenter d’autres villages en électricité. Il espère que la publicité faite à sa prouesse attirera sur lui l’attention d’éventuels investisseurs ou mécènes, voire un financement de l’État.

La télévision guinéenne s’intéresse de près au micro-barrage réalisé par Ibrahima Tounkara (reportage à Bolodou le 5 août 2017). L’acheminement de l’électricité, un vrai problème en Guinée.

En 2015, moins d’un cinquième de la population bénéficiait d’une offre d’électricité fiable et de bonne qualité. Sachant que 65 % des habitants vivent loin des villes, on comprend l’importance et l’urgence de la mise en place d’un programme d’électrification généralisée.

Le gouvernement a promis de connecter 721 000 foyers d’ici à 2020 mais la population s’impatiente, redoute l’insécurité due à l’obscurité et manifeste. Parfois dans la violence.

En juin, l’Union européenne, dont la France, s’est engagée à soutenir l’exploitation maximale du grand potentiel hydroélectrique de la Guinée, estimé à 6 000 mégawatts (MW) et dont seuls 2 % sont actuellement utilisés.

De grands projets qui ne devraient pas décourager Ibrahima de poursuivre le sien.

Source et crédits : Géopolis France tv infos et Guinée news.