Crédit : www.mademoisellemaurice.com - Photo : Stève Siracuse

L’homme qui sauve 8 millions de vie par an

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Nous sommes sales. Dans le monde, selon une étude menée par la très sérieuse Michigan State University aux États-Unis, 15 % des hommes et 7 % des femmes évitent le lavabo après avoir uriné. Un tiers des autres n’utilise pas de savon et la plupart ne se frictionne pas assez longtemps pour se décrasser les paumes.

Les hôpitaux ne sont pas épargnés par ce laxisme. Sauf que dans ce cas, cela peut s’avérer mortel et entraîner une des maladies nosocomiales qui causent 16 millions de morts par an dans le monde, à égalité avec les cancers.

C’est cette bataille qu’a décidé de mener Didier Pittet, ce professeur à l’hôpital universitaire de Genève, en parcourant le monde au nom de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour expliquer une seule chose : en se lavant les mains, on divise par deux le nombre de maladies nosocomiales. De 16 millions de morts, on tombe à 8 ! Et ce n’est qu’un début.didier pittet 2En 1994, lors d’une étude de terrain aux HUG, les hôpitaux universitaires de Genève, Didier Pittet, alors tout jeune chef de service, découvre que les infirmières des soins intensifs doivent se désinfecter les mains au savon 22 fois par heure. Le calcul est vite fait. Se désinfecter correctement nécessite 1 min 30, cela répété 22 fois, il ne reste pratiquement plus de temps pour les soins. Conséquence : l’hygiène hospitalière laisse à désirer, les germes s’en donnent à cœur joie. C’est un problème universel. C’est alors que le médecin a cette idée de génie : il faut se laver les mains non pas avec de l’eau et du savon, mais avec de l’alcool afin d’obtenir un maximum d’efficacité !

Avec l’aide de William Griffith, un pharmacien spécialiste des solutions alcoolisées, Didier Pittet met au point une formule désinfectante à base de chlorhexidine, un puissant antiseptique avec un effet rémanent, et d’isopropanol, un alcool de synthèse à effet immédiat, ainsi que de l’eau, car l’alcool à 100 % ne se fixe pas aux germes et ne les détruit pas. Ce cocktail initial, une fois testé et amélioré, devient le gel antiseptique mis en vedette lors de l’épidémie de grippe H1N1 et que l’on retrouve aujourd’hui partout : avec quelques gouttes et 20 secondes de friction, adieu les vilains germes.

Utilisée aujourd’hui dans presque tous les hôpitaux de la planète, cette lotion a divisé par deux les taux d’infection et, du même coup, la mortalité.

En janvier 2006, en visitant des hôpitaux au Kenya, celui que l’OMS a nommé leader du programme Clean Care is Safer Care aperçoit un distributeur d’alcool cadenassé installé sur un support en bois. Didier Pittet finit par découvrir que l’hôpital paye les flacons presque trois fois plus cher qu’en Europe ou qu’en Amérique. Son sang ne fait qu’un tour. « Le prix ne doit pas être un frein à l’hygiène des mains, affirme-t-il. Si une mesure de prévention coûte, elle ne marche pas. »

Une évidence s’impose : « Il faut que la solution soit fabriquée localement. » Et pour que cela soit possible, le docteur Pittet décide de publier gratuitement la formule et d’en faire ainsi un bien commun de l’humanité : il appelle cela « l’économie de la paix ». Tout en cassant, dans le même temps, le business des compagnies qui s’enrichissaient jusque-là sur le dos des malades.

Comme la plupart des scientifiques, Didier Pittet aurait pu déposer un brevet, créer une entreprise prospère, devenir multimilliardaire. Il a plutôt choisi de partager sa découverte.

Il n’a pas pensé à lui avant de penser à l’humanité. Il n’a pas pensé à s’enrichir, mais à nous enrichir collectivement.  Pas étonnant que certains pensent à lui pour le prix Nobel de la Paix.

Merci Monsieur.

Source : http://www.midilibre.fr